
Vous êtes condamné à payer mais vous ne pouvez pas régler la somme d’un coup ? Pas de panique : un jugement ne vous oblige pas à trouver l’argent du jour au lendemain. Vous pouvez demander au juge des délais de paiement (jusqu’à deux ans), proposer un étalement au créancier ou au commissaire de justice chargé de l’exécution, et, si vos dettes dépassent durablement vos moyens, déposer un dossier de surendettement. Une partie de vos revenus et de votre compte reste en outre protégée en cas de saisie. Le seul vrai danger, c’est le silence.
- Demander des délais de grâce au juge de l’exécution : report ou échelonnement sur 24 mois maximum.
- Négocier un échéancier écrit avec le créancier ou son commissaire de justice, chiffres de budget à l’appui.
- Saisir la commission de surendettement de la Banque de France si l’ensemble de vos dettes est ingérable.
- Connaître vos protections : 651,69 € laissés sur le compte (solde bancaire insaisissable en 2026) et salaire saisi selon un barème légal.
Ce que signifie vraiment une condamnation à payer
Un jugement qui vous condamne à verser une somme (loyers impayés, remboursement d’un crédit, dommages et intérêts, frais de procédure au titre de l’article 700) devient un titre exécutoire une fois signifié par un commissaire de justice. Concrètement, le créancier a désormais le droit de faire saisir vos biens ou vos revenus si vous ne réglez pas spontanément.
Ce titre a une longue durée de vie : il peut être exécuté pendant 10 ans (article L111-4 du Code des procédures civiles d’exécution). Attendre que la dette « s’oublie » n’est donc pas une stratégie. Autre point souvent ignoré : depuis la réforme de 2020, la plupart des jugements de première instance sont exécutoires immédiatement, même si vous faites appel. L’appel ne suspend pas automatiquement le paiement.
Enfin, la somme grossit avec le temps. Des intérêts au taux légal courent, et ce taux est majoré de 5 points deux mois après que la décision est devenue exécutoire (article L313-3 du Code monétaire et financier). Agir tôt limite cette inflation de la dette.
Obtenir des délais de paiement du juge quand on ne peut pas payer
C’est la solution la plus solide, car elle s’impose au créancier. L’article 1343-5 du Code civil permet au juge, en tenant compte de votre situation et des besoins du créancier, de reporter ou d’échelonner la dette dans la limite de deux années. Il peut aussi décider que les paiements s’imputent d’abord sur le capital, ou réduire le taux des intérêts.
Si le jugement est déjà rendu, la demande se fait auprès du juge de l’exécution (JEX) du tribunal judiciaire de votre domicile, notamment après la réception d’un commandement de payer ou d’un acte de saisie. Pour maximiser vos chances, préparez un dossier sérieux :
- vos trois derniers bulletins de salaire, attestations de pension ou d’allocations ;
- votre dernier avis d’imposition ;
- la liste de vos charges fixes (loyer, énergie, assurances, crédits en cours) ;
- une proposition chiffrée de mensualité, cohérente avec ce qu’il vous reste à vivre ;
- tout justificatif d’un événement passager : perte d’emploi, maladie, séparation.
Le juge regarde votre bonne foi. Un premier versement, même modeste, montre que vous voulez honorer la dette. Pendant les délais accordés, les procédures d’exécution sont suspendues et les majorations d’intérêts ou pénalités de retard ne s’appliquent pas.
Trouver un arrangement amiable avec le créancier
Beaucoup de créanciers préfèrent un paiement étalé à une saisie longue et incertaine. Vous pouvez contacter directement la partie gagnante, son avocat, ou le commissaire de justice qui vous a signifié le jugement. Celui-ci a souvent mandat pour accepter un plan de règlement.
Quelques règles protègent cet accord : exigez un écrit précisant le montant total, la mensualité, la durée et l’engagement de ne pas saisir tant que vous payez. Réglez par virement ou chèque, jamais en espèces sans reçu. Et ne promettez pas une mensualité que vous ne tiendrez que deux mois : un plan rompu rend le créancier beaucoup moins conciliant ensuite.
Les sommes protégées en cas de saisie en 2026
Même si le créancier fait saisir vos revenus, la loi vous laisse de quoi vivre. Sur un compte bancaire, la banque doit maintenir à votre disposition le solde bancaire insaisissable, égal au RSA pour une personne seule : 651,69 € depuis le 1er avril 2026. Le RSA lui-même et la plupart des prestations familiales sont insaisissables, sauf pour le paiement d’une pension alimentaire.
Sur le salaire, seule une fraction est prélevée, selon un barème fixé par le décret du 24 décembre 2025 et applicable depuis le 1er janvier 2026. Depuis le 1er juillet 2025, cette saisie est conduite par un commissaire de justice, sans passage préalable devant le juge.
| Part du salaire net mensuel (sans personne à charge) | Fraction saisissable |
|---|---|
| Jusqu’à 373,33 € | 1/20 |
| De 373,33 € à 727,50 € | 1/10 |
| De 727,50 € à 1 083,33 € | 1/5 |
| De 1 083,33 € à 1 435,83 € | 1/4 |
| De 1 435,83 € à 1 789,17 € | 1/3 |
| De 1 789,17 € à 2 150,83 € | 2/3 |
| Au-delà de 2 150,83 € | Totalité |
Chaque seuil est relevé de 145 € par mois et par personne à charge, sur justificatif. Une somme équivalente au RSA personne seule reste dans tous les cas hors d’atteinte. Le simulateur gratuit de Service-Public.fr permet de calculer votre montant exact. Si vous constatez une erreur de calcul, signalez-la immédiatement au commissaire de justice puis, à défaut, au juge de l’exécution.
Le surendettement face à une dette de jugement
Quand la condamnation s’ajoute à des crédits, des loyers en retard ou des factures, il devient parfois impossible de tout rembourser. Le dossier de surendettement, gratuit, se dépose auprès de la Banque de France (en ligne ou au guichet). Il est ouvert aux particuliers de bonne foi qui ne peuvent plus faire face à leurs dettes non professionnelles.
Une fois le dossier déclaré recevable, les saisies sont suspendues. La commission peut ensuite imposer un rééchelonnement jusqu’à 7 ans, une baisse des taux, voire un effacement partiel ou total dans le cadre d’un rétablissement personnel lorsque la situation est irrémédiablement compromise.
Attention cependant : certaines dettes ne peuvent pas être effacées (article L711-4 du Code de la consommation). Il s’agit notamment des pensions alimentaires, des amendes pénales et des indemnités allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale. Elles restent dues, mais la commission peut en tenir compte pour bâtir un plan supportable.
Cas particuliers : amende, pension alimentaire, indemnisation d’une victime
Toutes les condamnations à payer ne suivent pas la même logique. Le tableau des interlocuteurs change selon la nature de la somme.
- Amende pénale : elle est recouvrée par le Trésor public. Vous pouvez demander un paiement fractionné au service de gestion comptable indiqué sur l’avis. Pour une amende délictuelle, une réduction de 20 % (plafonnée à 1 500 €) s’applique en cas de paiement dans le mois suivant le jugement, ce qui peut justifier un effort ponctuel.
- Pension alimentaire : ne cessez jamais de payer sans décision. Si vos revenus ont baissé, saisissez le juge aux affaires familiales pour obtenir une révision. Deux mois d’impayés peuvent constituer le délit d’abandon de famille, et l’Aripa (gérée par la CAF) peut récupérer les sommes directement.
- Dommages et intérêts à une victime d’infraction : si la victime a saisi le SARVI ou la CIVI, c’est le Fonds de garantie qui vous réclame ensuite les sommes. Il accepte généralement de discuter d’un échéancier proportionné à vos ressources.
- Condamnation solidaire : si vous êtes condamné avec d’autres personnes, le créancier peut vous réclamer la totalité. Vous gardez ensuite un recours contre vos codébiteurs pour leur part.
Insolvable : que se passe-t-il quand il n’y a rien à saisir ?
Si vos seules ressources sont insaisissables et que vous ne possédez aucun bien de valeur, le commissaire de justice peut dresser un procès-verbal de carence. La dette ne disparaît pas pour autant : le créancier conserve son titre pendant 10 ans et peut relancer l’exécution si votre situation s’améliore (nouvel emploi, héritage, vente d’un bien).
Cette situation n’est pas une faute. Pour une dette civile, personne ne va en prison parce qu’il ne peut pas payer. Mieux vaut toutefois documenter votre insolvabilité et, si d’autres dettes s’accumulent, envisager le surendettement, qui peut conduire à un effacement définitif.
Les réflexes qui aggravent une dette de jugement
Certains comportements transforment une situation difficile en situation inextricable. Voici ceux qui reviennent le plus souvent :
- Ignorer les courriers du commissaire de justice : chaque acte ajoute des frais, à votre charge.
- Organiser son insolvabilité (donner un bien, vider un compte vers un proche) : c’est un délit, puni de trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende.
- Souscrire un crédit renouvelable pour solder la condamnation : vous remplacez une dette par une autre, souvent plus chère.
- Payer un intermédiaire qui promet de « faire annuler » la dette : les démarches utiles (délais de grâce, surendettement) sont gratuites ou très peu coûteuses.
- Laisser passer le délai d’appel sans avoir vérifié si le jugement contenait une erreur de calcul.
Se faire accompagner gratuitement
Vous n’êtes pas obligé d’affronter seul cette procédure. Les Points-justice et maisons de justice et du droit proposent des consultations juridiques gratuites. Selon vos revenus, l’aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des honoraires d’un avocat pour une demande devant le juge de l’exécution. Les Points conseil budget, labellisés par l’État, vous aident à établir un budget réaliste et à monter un dossier de surendettement. Les assistants sociaux du département ou de la CAF peuvent aussi intervenir. Pour un dossier complexe, l’avis d’un avocat reste le moyen le plus sûr de choisir la bonne stratégie.
Peut-on aller en prison si l’on ne règle pas une condamnation civile ?
Non. La prison pour dettes civiles n’existe plus en France. En revanche, une amende pénale impayée peut, dans certains cas, conduire à une contrainte judiciaire, et le non-paiement d’une pension alimentaire constitue un délit.
Le RSA et les allocations peuvent-ils être saisis pour payer un jugement ?
Le RSA est insaisissable, tout comme la plupart des prestations familiales et la prime d’activité, sauf pour une pension alimentaire. Sur le compte, la banque doit en outre laisser au minimum 651,69 € disponibles en 2026.
Pendant combien d’années un jugement de condamnation peut-il être exécuté ?
Le créancier dispose de 10 ans à compter de la décision pour en poursuivre l’exécution. Les intérêts, eux, ne peuvent être réclamés que sur les 5 dernières années.
Faire appel dispense-t-il de payer en attendant le second jugement ?
Généralement non, car la plupart des jugements sont exécutoires immédiatement. Il est possible de demander au premier président de la cour d’appel l’arrêt de l’exécution provisoire si elle entraîne des conséquences manifestement excessives, une demande à préparer avec un avocat.
Les intérêts continuent-ils de courir pendant les délais de grâce ?
Le juge peut prévoir que les sommes reportées produisent des intérêts à un taux réduit, au minimum au taux légal, ou que les paiements s’imputent d’abord sur le capital. En revanche, la majoration de 5 points du taux légal ne joue pas tant que vous respectez l’échéancier fixé.




